Petite histoire des vampires au cinéma

1. De la naissance littéraire à l’apparition cinématographique

Les origines du vampire, si elles ne sont pas cinématographiques, sont pourtant liées de près au 7eme art. Invention littéraire, le vampire naît en effet quasiment en même temps que la machine des frères Lumière. En décembre 1895 se déroule la première projection du cinématographe, l’Entrée du train en gare de La Ciotat, et moins de deux ans plus tard, en 1897, est publié Dracula de Bram Stocker, ouvrage fondateur du mythe.

Bram-Stoker-s-Dracula-vampires-14501886-709-393

Si la mise en relation du personnage historique de Vlad l’empaleur avec le comte Dracula n’est pas une invention de Stocker, mais de Francis Ford Coppola un siècle plus tard, le vampire n’apparaît pourtant pas dans la littérature par hasard. La fin du XIXeme siècle est en effet une période où les mythes populaires et fantastiques croisent et forment un hybride parfois monstrueux avec la deuxième révolution industrielle et l’essor des sciences. La société doit assimiler en très peu de temps tant de changements bouleversants que les peurs primaires refont surfaces, telles les refoulées de la modernité, et donnent naissance à toutes ces créatures de Frankenstein, Dr Jeckyll & Mister Hyde, Loup Garou et bien sûr Dracula. Des créatures qui s’épanouissent de la littérature au grand écran, dès les premières tentatives de fiction, muettes et sommaires.

Les vampires suceurs de sang se propagent dans le cinéma naissant de manière d’abord informe. C’est le nom qui effraie : en 1909 avec Vampyr of the coast aux Etats-Unis, en 1912 dans le court-métrage suédois Vampyr Inn, en 1913 dans The Vampyr aux Etats-Unis encore. En 1916, Louis Feuillage réalise le feuilleton Les Vampires, sans lien avec le mythe littéraire, mais fantasmant une fois de plus ce nom majestueux. Un fantasme qui donnera naissance, à la même époque, à la Vamp, créature féminine précédant la femme fatale, mais partageant avec elle les attributs d’une dangereuse séduction.

2.  Le premier vampire était-il une femme ?

En 1922 et 1932, deux chefs d’œuvre font évoluer radicalement le statut du vampire au cinéma. Fini les créatures de la nuit, voici venu le comte maléfique, son château, son cercueil, ses longues dents et son amour pour une belle jeune femme.

Il faut attendre 1922 pour que LE vampire, inspiré par le roman de Bram Stocker, ne voie le jour. C’est Friedrich W. Murnau qui lui donne naissance, dans le chef d’œuvre Nosferatu. N’ayant pas payé les droits d’adaptation du roman, le cinéaste change tous les noms des personnages : c’est donc le comte Orlok, interprété par Max Schreck, qui reçoit le commis Hutter (et non Harker). Le film prend de nombreuses libertés avec le personnage romanesque : Nosferatu « porteur de peste », est un personnage hideux, aux dents de lapin, aux yeux ronds et aux mains crochues. L’Allemand Murnau y déploie des trésors de mise en scène, rapprochant le style expressionniste avec ces intérieurs aux angles angoissants, ces ombres omniprésentes et dévorantes, ce noir et blanc tranchant, à des scènes en extérieur fantastiques, allant jusqu’à expérimenter l’utilisation du négatif pour une scène devenue mythique. Déployant l’idée de frontière, ce film invente par ailleurs une spécificité absente chez Stocker : Nosferatu craint le soleil, et ne sort que la nuit. Idée reprise à n’en plus finir.

nosferatu-murnau-analyse-vidéo-film-domaine-public-film-entier

En 1932, Carl Theodor Dreyer réalise un nouveau chef d’œuvre, Vampyr. On y suit les aventures entre deux mondes de David Gray, jeune homme qui découvre dans une auberge un ouvrage sur le vampirisme, dont la source est une femme vampire. Le scénario est adapté de deux œuvres de l’auteur Irlandais Sheridan Le Fanu, L’auberge du Dragon Volant (In a Glass Darkly) et Camilla (1871). Ouvrages qui non seulement précèdent le roman de Stocker, mais qui s’inspirent en outre d’un personnage historique réel, La Comtesse Bathory (1560-1614), autrement surnommée la comtesse sanglante. Cette femme de la noblesse polonaise ayant régné en Transylvanie passait en effet son temps à faire torturer de jeunes femmes vierges par les pires moyens, pour finalement les faire vider de leur sang, dont elle prenait ensuite des bains, ou qu’elle buvait, afin de rester éternellement jeune. L’Histoire ne nous dit pas si cela fonctionnait, mais son procès en 1611 mit fin à un carnage monstrueux (au moins 600 jeunes femmes périrent ainsi). Si ce personnage n’apparaît pas tel quel dans le Vampyr de Dreyer, qui est plus une méditation poétique sur l’idée d’incarnation, il n’en demeure pas moins l’ancêtre le plus ancien du mythe vampirique. Au cinéma, seule Delphine Seyrig lui prêtera ses traits délicats en 1971 dans les Lèvres Rouges de Harry Kumel, chef d’œuvre de sensualité saphique.

Au passage, on peut donc bien affirmer que oui, le premier vampire était une femme.

3.  Les années 30 : USA, la Universal 

 Il faut attendre les années 30 pour que le vampire devienne à l’écran un personnage aussi séduisant que celui imaginé par Bram Stocker. Et qu’il assume enfin pleinement son nom : Dracula / Bela.

C’est en effet  la Universal aux Etats-Unis, qui décide de se lancer dans la production de film fantastiques horrifiques pour le grand public. Tod Browning, génial réalisateur maison, avait expérimenté avec son acteur fétiche Lon Chaney différents personnages maléfiques. Ce dernier aurait ainsi dû interpréter le premier Dracula de l’Histoire du cinéma, s’il n’était mort juste avant le tournage. En 1931, Dracula de Tod Brownig est ainsi le premier film de vampire parlant, et il est interprété par … un émigré hongrois pas vraiment jeune et à l’accent à couper au couteau : Bela Lugosi. Avec sa voix grave et son jeu de regard très expressionniste, l’acteur impose une étrangeté qui convient parfaitement au rôle, dans des décors volontiers baroques et très impressionnants.

bela-lugosi-dracula-july-2011

Le succès public est immédiat, et le studio se lance dans toute une série de déclinaisons et explore les mythes horrifiques de la littérature (Frankenstein, la momie, le loup garou, les monstres, l’homme invisible). Après La fille de Dracula, le Fils de Dracula, commencent les croisements : le Loup Garou contre Dracula, Frankenstien contre Dracula… Mais l’effet de mode ne dure pas plus de 10 ans. Après avoir connu une popularité énorme dans les années 30, puis le désintérêt de tous, et n’ayant pu se recycler dans aucun autre rôle, Bela Lugosi tombe dans la dépression, abuse de la morphine, et finit sa vie en tournant pour Ed Wood, dénommé « le plus mauvais cinéaste de tous les temps ». Tim Burton lui rend hommage dans son film Ed Wood, où Martin Landau interprète avec brio cet acteur qui s’était tellement imprégné par son rôle de vampire qu’il en vint à dormir dans un cercueil posé dans son salon.

4.  Les années 50/60 : 2nde ère, L’Angleterre et la Hammer

Phénomène cyclique, la mode des films de vampire s’éteint aux Etats-Unis pour renaître et de manière flamboyante en Angleterre, par la grâce d’un studio : la Hammer et d’une révolution esthétique : le Technicolor.

Avec ses techniciens de grand talent, son réalisateur-maison Terence Fischer, tenant d’une certaine virtuosité baroque, les dirigeants du petit Studio Hammer ont créé une micro-révolution au sein du cinéma anglais des années 50/60, plutôt bon chic bon genre. Après avoir racheté à la Universal les droits de tout son bestiaire fantastique (Frankenstein, Dracula, la Momie, Le Loup Garou…), les Anglais  ajoutent un ingrédient de poids : la couleur. Après The Curse of Frankenstein en 1957, Le Cauchemar de Dracula en 1958 se révèle être une des plus belles adaptations du roman de Stocker, encore à ce jour. Peter Cushing en Van Helsing et Christopher Lee en Dracula donnent une énergie nouvelle, une sensualité et un érotisme qui n’ont plus rien de suggérés. Le sang est désormais rouge, la chair déchire l’écran grâce à l’invention du technicolor. La sensualité déborde de partout. Le film retrouve par ailleurs la construction épistolaire propre au roman et jusque-là négligé par le cinéma. Enorme succès public, c’est reparti pour un tour : les années 60 croulent sous les monstres anglais.

Christopher-Lee-as-Dracula-hammer-horror-films-6499554-800-600

Christopher Lee restera un temps fidèle au film original, et refusera les suites multiples, dont la popularité ne tient pourtant pas bien longtemps. Au milieu des années 60, le souffle artistique commence à s’épuiser à la Hammer, et les films s’enchaînent sans renouveau. Christopher Lee retrouve finalement le personnage de Dracula pour des films aux scénarios calamiteux, de plus en plus érotiques (Dracula et les femmes en 1968, Dracula 73 en 1972, etc…). A partir des années 70, face au développement et au succès des films d’horreur nouvelle génération, comme par exemple Massacre à la Tronçonneuse, les vampires de la Hammer semblent bien désuets. On notera tout de même la dernière et touchante interprétation du comte par Christopher Lee, dans le film français d’Edouard Molinaro, Dracula Père et Fils (le fils étant tout de même interprété par Bernard Menez) – une comédie très réussie sur le thème oedipien.

La Hammer génèrera tout de même un folklore qui s’exporte dans le monde entier, comme dans le cinéma italien, très productif, où Mario Bava signe plusieurs adaptations ou variations sur le thème vampirique, comme Le Masque du démon en 1960, Hercule contre les vampires en 1961 ou la Planète des vampires en 1965. Le cinéma mexicain a aussi une belle production de films de genres, et un personnage fétiche récurrent, le catcheur masqué Santo, qui en dehors des méchants et des extra-terrestres, ne manque pas d’affronter des Vampires dans Santo contre le Trésor de Dracula (1968, René Cardona). Phénomène unique, la Hammer ira jusqu’à produire un hybride entre son film de vampire et le film de kung fu, en s’associant avec la Show Brother pour La Légende des 7 vampires d’or, une bizarrerie complète.

Sortes de funérailles du studio en fanfare, Roman Polanski rend un bel hommage à la Hammer avec Le bal des vampires en 1967 (c’est son 4eme long-métrage), parodie hilarante qui exploite tous les éléments du folklore vampirique : Transylvanie neigeuse, gousses d’ail aux portes, Van Helsing décoiffé, conte Dracula aristocrate et envoûtant, et belles et innocentes villageoises, et où le personnage principal, interprété par le réalisateur, est l’assistant froussard et incapable de Van Helsing.

5.  Les années 70 et après, le vampire moderne

Fini la période des séries de films de vampires, l’âge classique du cinéma de studio est mort. Mais pas les vampires, évidemment. On les retrouve donc disséminés chez de nombreux cinéastes, pas toujours spécialistes des films de genre. La fascination pour ce personnage hors norme fonctionne toujours à plein.

Les vampires se déclinent plus que jamais : en noir – Blacula (1972), éminent représentant de la Blaxpoitation-, en comique – Les Charlots contre Dracula (1980) -, en érotique bien sur (voir chap. 8), et pornographique évidemment – Spermula, réalisé par en 1976 par un certain Charles Matton, dont le synopsis promet : « un commando de superbes femmes-vampires venues de l’espace se nourrissent de la semence de l’homme. ». Personnage à multiples facettes, le vampire peut en effet se prêter à de nombreuses associations, plus ou moins sensuelles : évocation de l’homosexualité (Entretien avec un vampire de Neil Jordan), du cannibalisme (Trouble Every Day de Claire Denis), de la drogue (The Addiction d’Abel Ferrara).

addiction

Mais de nombreux cinéastes se sont aussi intéressés au vampire pour se confronter au mythe : John Landis dans Innocent Blood, John Carpenter dans Vampires, Robert Rodriguez dans Une nuit en enfer, Tobee Hooper dans Les Sorcères de Salem. De manière plus personnelle encore, David Cronenberg a livré des variations particulièrement perturbantes dans un genre que l’on ne peut que nommer d’angoisse-vérité avec Rage en 1974 et Frissons en 1976. Il faut aussi absolument redécouvrir un film rare de Georges A. Romero, l’inventeur des morts-vivants, qui nous offre dans Martin (1978) un personnage mémorable. Martin est un adolescent obsédé par le vampirisme. Au début du film, on le voit, dans un train de nuit, attaquer une jeune femme, pour boire son sang, en lui tranchant les veines avec une lame de rasoir. Son oncle, très croyant, le prend chez lui pour tenter un exorcisme, mais le problème n’est pas Satan, ni Dracula… Cinéaste très engagé, Romero signe ici un portrait radical de l’Amérique des années 70 bien plus qu’un film d’horreur.

Le vampire à l’ère du cinéma moderne, c’est aussi une créature qui connaît bien sa propre histoire et son folklore, tout comme le spectateur. Au moins deux films majeurs travaillent le mythe dans toute sa profondeur historique, un siècle déjà. Francis Ford Coppola a sans doute donné naissance à l’adaptation la plus réussie, ambitieuse et personnelle du roman de Stocker avec Bram Stocker’s Dracula en 1992. Soulignant le lien profond qui unie le mythe au cinéma, Coppola projette son personnage dans une foire du début du XIXeme siècle, où sont présentés les prémices du cinématographe ainsi même qu’une projection des frères Lumière. Ni présent, ni passé, ou peut-être les deux à la fois, se nourrissant du réel tout en restant insensible au temps, Dracula pourrait bien faire partie de l’exposition.

Autre film à penser le vampire dans l’Histoire, Nosferatu, Fantôme de la Nuit de Werner Herzog (1979) est un des chef d’œuvre du cinéaste allemand. En utilisant la musique de Wagner et de nombreuses références à la peinture, Herzog identifie le vampire à une créature non seulement romantique, mais issue du romantisme. À la fois plongée dans le patrimoine cinématographique allemand, cette relecture fidèle (quasiment plan par plan le film de Murnau) surprend : Herzog livre un film très lent, aux couleurs pastelles, semblant ne pas se soucier des possibilités techniques qui lui sont offertes. S’il recherche une épure propre aux origines du cinéma, il produit pourtant des ruptures qui assument sa contemporanéité : la présence de Popol Vuh dans la BO fait ainsi résonner la grande culture allemande et le krautrock le plus aboutit. Le résultat est proprement sidérant.

20120430npdn1979c8

Plus récemment, le catalan Albert Serra invente une rencontre inédite entre un Casanova en fin de vie et le mythique comte dans son somptueux film Histoire de ma mort (2013).  Ce Casanova, s’il profite de la vie jusqu’à la dernière goutte, joyeusement lubrique, marque la fin d’une ère. Car de ses prises de paroles brillantes et érudites jusqu’au silence triomphant, il n’y a rien moins que la mort de l’époque des Lumières qui se dessine. Du jour à la nuit, des lumières aux ténèbres, les sublimes images offrent un écrin à l’avènement de celui qui ne s’exprime plus par les mots. Un cri primal, un film magistral.

6.  Le vampire est-il rock’n’roll ?

Il vit essentiellement la nuit, s’habille plutôt en noir, porte des lunettes noires, souffre d’addiction, est toujours en quête de nouvelles proies, se nourrit des autres : si cette définition correspond à la vie et à l’allure du vampire, elle s’applique aussi à d’autres types, bien réels, de personnages. Le vampire, un artiste comme les autres ?

Dans sa version très personnelle du Fantôme de l’Opéra, qu’il réalise en 1974, Brian de Palma ne signe-t-il pas un grand film de vampire ? Swan, producteur éternellement jeune et qui se nourrit des créations des autres, après avoir conclu un pacte, se retrouve dans la position du vampire. Le groupe qu’il invente de toutes pièces, Beef, fait d’ailleurs sa première apparition en sortant de cercueils…  Si l’artiste agit en vampire, volontaire ou non, le rock semble s’imposer comme terrain de prédilection du vampire. Le Lestat d’Anne Rice (Entretien avec un Vampire) devient ainsi une star du rock. Si de nombreux groupes gothiques ou dark en reprennent le look « classique », le cinéma a permis de véhiculer des versions bien plus modernes du vampire rock.

Lorsque Tony Scott réalise les Prédateurs (The Hunger) en 1983, sorte de manifeste de la société de communication encore en devenir, sans doute ne soupçonne-t-il pas l’aspect totalement visionnaire de son film. D’une grande vulgarité esthétique (on est dans un monde de pub, maintenant ! semble-t-il nous jeter à la face), le film suit un couple de vampires embourgeoisés, Catherine Deneuve et David Bowie, pris en pleine crise d’ennui pour lui et de redécouverte du désir pour elle. Métaphore sexuelle, le vampirisme des personnages, c’est leur manière de rester en contact avec leur époque, grand problème de l’immortel. L’idée géniale du film étant d’avoir choisi David Bowie, artiste sans âge et bien de son époque, dans le rôle du vampire. Qui plus que lui a su assimiler les innovations musicales, et les faire siennes ? Parfait acteur, chanteur, compositeur, show man, il incarne mieux que quiconque cette consanguinité vampirique de l’artiste avec son temps. Pour interpréter Andy Warhol dans Basquiat, Julian Schnabel n’aurait pu trouver mieux.

Les-Predateurs_tony-scott

Avec ses films qui fonctionnent à la fascination pure (Empire, Kiss, Sleep….), son besoin avide de chair fraîche autour de lui, sa part de mystère, ses origines hongroises, Andy Warhol est, comme le suggère l’auteur Stéphane du Mesnildot, sans aucun doute LE vampire majeur du XXeme siècle. Alors que le Velvet Underground chante dans Heroin, ces paroles dignes de Nosferatu et de son fameux pont qui sépare le vivant des fantômes :

«I which that I was born a thousand years ago

I wish that I’d sailed the darkened seas

On a great big clipper ship

Going from this land to that »

« J’aurais voulu naître il y a mille ans

Parcourir les noirs océans

Sur un grand navire à voiles

Aller d’un rivage à l’autre »

Warhol ne l’a-il pas fait ?, lui qui a tout de même survécu à la mort (une bale qui lui traversa rien que le poumon, la rate, l’estomac, le foie et l’œsophage).

Dans son château fort à lui, la Factory, Warhol et ses goules ont instauré le vampirisme comme mode de vie, au grand jour. Nous rappelant qu’au pays des vampires dandys, le maître se nomme Andy.

7. Le vampire érotique

L’emprise physique et psychique du vampire, sa quête de chair fraîche, laissent toute place au fantasme et à la métaphore. Le cinéma ne s’est pas privé de leur donner corps. On ne fera pas ici la liste des films érotiques à tendance vampiriques, d’autres sites le feront bien mieux que nous. On s’attardera par contre sur quelques cinéastes qui ont su apporter quelque chose à cette évidence pure : le vampire est une créature sexy.

Paul Morrissey, qui fut d’abord l’assistant d’Andy Warhol à la réalisation de ses films contemplatifs, se lance à la fin des années 60 dans la mise en scène. Il réalise De la chair pour Frakenstein en 1973 et Du sang pour Dracula en 1974. Dans tous ses films, la sexualité est présente, au cœur de ses narrations les plus ténues. Avec Dracula, il utilise ce comte en mal de sang frais, aux prises avec une bourgeoisie dans laquelle plus aucune jeune femme n’est vierge, ce qui pose de sacrés problèmes à Udo Kier, génial de grandiloquence maîtrisée dans le rôle-titre. Avec sa mise en scène sophistiquée, ses situations comiques et son côté fripon contrarié, sans doute un des Dracula les plus dandy de l’histoire.

les-levres-rouges-delphine-seyrig

Sa version féminine, en plus grave et envoûtante, pourrait se trouver dans Les Lèvres Rouges, réalisé en 1971 par Harry Kumel. La grande Delphine Seyrig y interprète la comtesse Bathory, particulièrement avide de jeunes femmes fraîches, ce qui lui vaut la jalousie de sa fidèle compagne. Ce vampire qui parle féminisme, et tente d’émanciper une femme par la découverte de l’homosexualité est une des nombreuses variantes à tendance pamphlétaire et érotique propre aux années 70. Tout en suggestion, avec un penchant volontiers surréaliste, ce film déploie une immense sensualité.

Impossible enfin d’aborder les vampires érotiques sans évoquer les deux cinéastes qui leurs ont consacré leurs vies : Jess Franco et Jean Rollin. Le premier est espagnol, est s’est lancé dans le cinéma par la musique. Compositeur, féru de jazz, il se lance à partir des années 60 dans une production frénétique de films (il en serait à plus de 160), touchant un peu à tous les genres, mais surtout à l’érotique et au porno. Les vampires tiennent ainsi une grande place dans sa filmographie, avec par exemple La fille de Dracula (1972), les nuits de Dracula (1970), les géniaux La Comtesse aux seins nus (1973) et Vampiros Lesbos (1971). Jess Franco est un véritable cinéaste pop, et si ses films s’inscrivent dans le genre érotique par leur usage de la nudité et de la sexualité, ils sont le plus souvent des poèmes psychédéliques, où le montage est musical, et les mouvements de caméra volontiers pulsionnels. D’où un usage immodéré du zoom avant, très figuratif…. 

015lobby

Bien plus monomaniaque, Jean Rollin, qui débute en France dans les années 60, voue sa carrière riche d’une cinquantaine de films à mêler l’érotisme au mythe vampirique. Par ses décors et l’ambiance de ses films, ultra sérieuse, Jean Rollin crée un univers unique, baroque et nébuleux comme un rêve, seulement alourdi par des dialogues et un jeu d’acteurs souvent douteux. Parmi ses films les plus connus : la Vampire nue (1970), le Frisson des vampires (1971), le Viol du vampire (1967), la Fiancé de Dracula (2002)…

Sources :

Radio : Distorsion, Radio Campus Paris 93.9 FM : http://www.radiocampusparis.org/?cat=38

Livres :  Jess Franco, Energies du fantasme, Stéphane du Mesnildot, Coll. « Raccords », ed. Rouge profond

Laurence Reymond

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s