FILM : Goodbye Mister Christie

(Affiche géniale)

bigger, longer, harder

Jusqu’où ira donc Phil Mulloy ? L’Anglais fou nous propulse avec Goodbye Mister Christie dans un conte moderne et adulte, où la fantaisie la plus absurde cotoîe les questionnements les plus graves. Désintégration d’une brave famille anglaise, prêtre violeur et fin du monde, rien ne nous sera épargné. Et tant mieux.

Phil Mulloy pratique le cinéma d’animation comme un sport de combat. Au spectateur d’apporter ses propres émotions au film, le cinéaste se donne plutôt pour mission de retrancher tout oripeau de sentimentalité. Personnages façon pochoirs charbonneux, ayant au maximum deux expressions faciales, voix générées par ordinateurs, décors ultra minimaux puisque le film ne se compose que de gros plans : le dessin animé est ici réduit à son plus simple appareil. Un théâtre de marionnettes sales bêtes et méchantes, où Beckett rencontre Cocteau et où Dieu, prenant la forme d’une araignée, se voit tout simplement écrasé. Mais pourquoi tant de haine ? Et bien sous ses aspects de farce cynique, Goodbye Mister Christie nous offre une radiographie d’une précision terrifiante sur le monde dans lequel nous vivons. L’humour en prime.

Si l’épure radicale du film se fonde plutôt sur la laideur que sur un quelconque idéal, c’est bien qu’ici, il n’y en a plus aucun. Dieu est donc mort, et Mister Christie est ce qu’on pourrait nommer un « gros beauf », figure d’homme renfermé et vulgaire, totalement hermétique aux problèmes des autres, sa femme et son fils Terry inclus. Mrs Christie serait, elle, le modèle de l’épouse en retrait, tâchant de rendre tout le monde heureux en refusant la confrontation. Lorsqu’elle tombe sur le marin français nommé Ramon, qui lui passe une musique romantique, elle succombe, et part se confesser auprès du père Bunloaf (dont le nom pourrait se rapprocher de « petit pain », détail utile à ceux qui verront le film). Celui-ci réprime alors sa jalousie, puisqu’il est secrètement amoureux de Mrs Christie depuis toujours. Comme un jeu de domino renversé par le mystérieux Ramon, tout l’univers des Christies chavire rapidement. Comme dans Théorème de Pasolini, Ramon va ensuite séduire M. Christie, qui ne comprend décidément rien à ce qui lui arrive, puis le fils. Mais dérangé en plein acte par une équipe TV en plein reportage, M. Christie sombre dans la démence et commence à creuser un trou dans son jardin, qui le mènera du métro de Tokyo aux enfers, où il rencontrera des personnalités comme Hitler, Jules César ou Dracula. Et l’on ne dira pas tout le reste…

L’aspect visuel minimal du film est compensé par un scénario totalement délirant, qui se permet toutes les fantaisies spatio-temporelles, et par un grand art du dialogue. Le rythme du film, très rapide, est ainsi donné par les échanges successifs des personnages, toujours par deux, d’abord ancrés dans le quotidien plus trivial, pour progressivement aller vers des territoires bien plus inattendus. La folie des personnages se révèle, soulignée par un humour noir et glacé « so British » (M. Christie se plaint de s’être fait traité « d’enculé » par l’amie de son fils, ce à quoi Mrs Christie lui répond « elle ne peut pas vous avoir dit cela sans aucune raison ») et les entraîne à commettre le pire.

Phil Mulloy, en grand ordonnateur de ce chaos maîtrisé, offre une vision crépusculaire de notre humanité décadente, où le manque d’amour et de compréhension semble une plaie béante prête à accueillir les pires infections. Et d’une brave famille anglaise, il fait le point de départ d’un impressionnant voyage au cœur de l’Homme, dans toute sa laideur et sa bêtise. Un voyage qui n’est qu’un début, puisque ce film est la première partie d’une trilogie. On attend la suite avec impatiente.

Article publié aussi ici.

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