CINEMA : Violent Days de Lucile Chaufour

Violent Days de Lucile Chaufour est un film qui fait du bien. Un film ultra personnel, où la cinéaste explore ses fantasmes rock’n’roll et les confronte à la réalité. Il est ici question des rockers, ces hommes et femmes obnubilés par les 50’s, leur look et leur musique. Gomina, bottes pointues, perfecto pour eux, jupes taille haute, chemisettes et franges pour elles, les nostalgiques se regroupent et partent pour un concert vers Le Havre. Le film navigue à vue entre le documentaire et la fiction, dans un noir et blanc qui colle parfaitement à l’époque d’origine des clichés ici reproduits. D’un côté la fiction, avec Chaufour dans le rôle de la femme du groupe, blonde Marylin, qui accompagne la bande au Havre, lors d’un voyage épique. De l’autre, les interviews de « vrais » rockers, le plus souvent des ouvriers, seuls ou en famille (avec leurs enfants tous prénommés Priscilla ou Elvis), qui racontent face caméra leur passion pour Gene Vincent et ses chansons. Loin du glamour du style, le film tourne tout autour de l’origine prolétaire de ces personnages, pour qui le culte de cette période sert essentiellement d’exutoire à un quotidien des plus blafard.

Construit sur un échange permanent entre la partie fiction et la partie documentaire, Violent Days avance par échos, et l’on sent à chaque instant la tendresse de la cinéaste pour ceux qu’elle filme. Une jeune femme blonde, interviewée, raconte comment le rock’n’roll l’aide à vivre, malgré une vie quotidienne dure, malgré un mec ultra macho. Comme son reflet direct, le personnage interprété par Chaufour lui ressemble beaucoup, et doit supporter les beuvries et le machisme de sa bande d’amis. Les femmes n’ont ainsi pas le bon rôle dans l’univers des rockers, pour qui fun rime le plus souvent avec violence. La scène du concert, fantastique, semble tout droit sortie d’un film de cinéma direct anglais des années 60. Chaufour sait parfaitement saisir l’énergie de la scène, le bonheur du public qui danse sur sa musique fétiche, mais aussi la montée irrémédiable de la violence, sorte de guerre des gangs historique, qui remonterait aux bandes du drugstore pour s’achever dans ce gymnase du Havre.

Violent Days est ainsi un portrait ultra documenté et précieux de ces « rockers », mais aussi et surtout et une réflexion passionnante sur le fantasme. Porté par des acteurs/non acteurs tous formidables, qui font oublier la frontière docu/fiction, le film invente son territoire, le rock’n’roll, et nous convie à un voyage en forme de dérive, road movie temporel aussi bien que physique. On the road again…

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